
1)
Petite introduction sur le Revox B225.
Lors de
l'exposition "Funkaustellung" à Dusseldorf (Allemagne) en
août 1982, Revox a présenté son premier prototype fonctionnel de
lecteur CD.
Cet appareil, dans l'ancien design des éléments B77, B710, B750, B760
et B780,
n'a jamais été commercialisé.

Prototype Revox "B725"
Le
premier lecteur de série, le B225 fut disponible fin 1983 dans sa
nouvelle
robe assortis aux B285 (receiver) et B215 (cassette). Suivirent les
déclinaisons
professionnelles Studer A725 et A725QC.
Le lecteur comprend un tiroir central avec la mécanique et un
afficheur
LCD.
L’ensemble sort complètement pour permettre de charger le disque. Le
clavier et
séparé en plusieurs zones: à droite les touches de commande, à gauche
le bloc
numérique et la programmation. Sur la façade arrière on peut trouver
deux
paires de sorties (variables et fixes), l'embase secteur avec son
sélecteur de tension et une liaison série.

B255 (B) avec éclairage led (à
la place des ampoules)
Pour l'époque les fonctions et
les équipements étaient pléthorique:
- Sortie casque (digne de ce nom) à volume variable.
- Afficheur LCD multifonction.
- Programmation de 19 morceaux, plages ou même extinction, pause ou
boucle.
- Télécommande infrarouge.
- 2 sorties dont une variable.
- Oscillateur 0dB pour le calibrage des magnétophones.
-
Commande par timer /
contrôleur externe (B203)
Caractéristiques techniques (données Revox de l'époque):
Bande passante: 20Hz à 20KHz à +0 / -0.6 dB
Distorsion (DHT): < 0.006 %
Rapport signal sur bruit > 100dB
Séparation des canaux >90 dB
Temps de recherche sur la totalité du CD < 4 sec.
Poids: 8.5 Kg
Prix (avec télécommande B210CD): 1895.- Francs Suisse soit environ
1200€.
Le
B225 obtient le 1er prix "Design & engineering" au salon
C.E.S. de Las Vegas en 1983 (1).
La construction professionnelle se base sur une mécanique et
un jeu de
composants
Philips. L'électronique est monté sur des cartes enfichables sans aucun
réglage
pour garantir un dépannage rapide.
(1) « Die Sprechenden Maschinen » ISBN 3-7263-6713-6

De
haut en bas:
-Carte alimentation + asservissement focus + commande moteur disque
-Carte CPU (microprocesseur) + commande moteur tiroir
-Transformateur secteur et tiroir
-Sur la gauche, carte asservissement radial + récepteur IR

-Carte filtre numérique + convertisseurs +
sorties.
-Carte décodage numérique + générateur de calibration
2)
Échantillonnage, quantification, filtrage et sur-échantillonnage.
Lors de l'enregistrement du CD master les signaux analogiques
gauche et
droite
sont convertis (mesurés, échantillonnés) en données numérique 44100
fois par
seconde: on parle de fréquence d'échantillonnage Fs à 44.1 KHz. La
quantification se fait sur une échelle de 16 bits soit 65536 niveaux
différents
possibles (2 à la puissance 16). On obtient donc un flux de données
numériques
qui sont enregistrées sur le CD (avec un encodage particulier).
Si
lors de la lecture, ce flux numérique est reconvertis en
analogique sans
aucune autre précaution on obtient un signal "en marche d'escalier"
avec une composante importante de Fs et ses multiples(2). Ces signaux
inutiles et en grande partie inaudibles,
créent une
distorsion harmonique, risquent de saturer les étages amplificateurs
suivants et donc de créer une distorssion par inter-modulation.
Tout lecteur de CD contient un filtre passe bas qui a pour rôle de ne laisser passer que la bande utile audio. Idéalement ce filtre coupe tout au delà de 20KHz, en anglais "brick wall filter". Ce filtre délicat n'est pas réalisable en électronique analogique, on recourt donc a un filtrage numérique par sur-échantillonnage. Les données numériques lues sur le CD sont répétées 4 fois et sont appliquées à des coefficients de filtrage. Ces nouvelles valeurs sont alors convertis en analogique par les convertisseurs. Ceux-ci travaillent maintenant à 4x Fs soit 176KHz, les harmoniques numériques restantes sont efficacement atténuées par un simple filtre passe bas analogique, car elles se trouvent bien au-delà de la bande audio.
(2) plus exactement lobes autour des multiples de Fs: (n*Fs)-f et (n*Fs)+f

Tiroir avec CD visible du B225 (A).
Bien que comprenant déjà un filtre numérique le B225 affiche aujourd'hui ses limites:
a)
Le filtre numérique SAA7030 est vraiment de toute première
génération, ses modestes caractéristiques provoquent des artéfacts:
- Sur-échantillonnage de 4x uniquement.
- Précision modeste du calcul et des coefficients, arrondis importants.
- Pas de "dithering" (introduction d'un bruit aléatoires numérique pour
éviter les artéfacts répétitifs).
- Pas d'interpolation sur erreurs incorrigibles (ici ce n'est pas un
critère de qualité).
b)
Les convertisseurs TDA1540 ne peuvent que convertir 14 bits (soit
16384
niveaux possibles) soit une perte de résolution, d'information.
Subjectivement le son du B225 est cohérent, doux voire
"analogique",
plaisant, sans doute exemplaire pour l’époque. Il ne tient cependant
pas la
comparaison avec
un lecteur CD plus récent, le son est un peu terne, fermé, peu d'effets
3D.
Pour essayer de d’améliorer le son du B225 il faudrait
changer le
convertisseur
numérique / analogique. Mais ce lecteur ne dispose pas d’une sortie
numérique
SPDIF. Une autre approche consiste à détourner le flux de données
audio
interne. Mais là encore pas de bus standard « I2S ».
Par contre il
existe
un ancien convertisseur 16 bits de chez Philips qui permet le
raccordement
interne : Le fameux TDA1541A aussi utilisé chez Revox dans le
B226,
A730,
A727, H7...
3)
Le
concept N.O.S. = No Over
Sampling (pas de sur-échantillonnage):
L'idée est très simple:
comme notre filtre sur-échantillonneur crée des
artéfacts il suffit de l'enlever ! Les composantes harmoniques
indésirables
seront filtrées en partie par un filtre analogique conventionnel et par
les
filtres de l'ampli / pré-ampli suivant.

Greffe d'un convertisseur et de filtres.

Quelques condensateurs supplémentaires...

On peut voir sur la gauche l'emplacement de l'ancien filtre numérique.
Sur le B225 on gagne en
résolution, en précision et en finesse grâce au
nouveau convertisseur, les étages de sortie de meilleurs qualités et à
la suppression du SAA7030.
La
mise au point du filtre
analogique
est délicate et dépend des autres éléments (ampli, HP): Trop
filtré le son devint voilé, fermé, à l’opposé les harmoniques
deviennent
envahissantes, sifflantes sur les S, timbre métallique exagéré sur les
cymbales...
Subjectivement le son est totalement différent : il n’est plus du tout « vintage » ! Beaucoup de détails, de finesse, des timbres riches, une grande retenue et une dynamique importante. Ce n’est pas encore mon lecteur « de référence » il lui manque un peu de spatialisation et une touche soyeuse dans les extrêmes aigus (comme mon lecteur à sortie tube…).
Ou sont les inconvénients, pourquoi les constructeurs ne fabriquent pas des NOS ?
- Le résultat final dépend trop des autre éléments (surtout de l’ampli)..
- Il est impensable pour un appareil "grand publique" de produire des signaux « haute fréquences » qui risquent d’endommager un ampli ou les HP.
-
Les
mesures électriques
ne sont pas terribles: Le filtrage et la conversion NOS font perdre de
–3 à –6 dB
à 20KHz. La forme du signal indique une distorsion harmonique (bien
supérieure à l'original). Le rapport signal sur bruit risque de
remonter.

Le B225 (A) et son cadet, un B22 de 1994.
Des mesures plus poussées restent à faire (spectre, DHT, TIM…) pour comprendre un peu mieux certains phénomènes et pour améliorer les chiffres…
Autres
axes d'améliorations / de modifications:
- Un étage de sortie / filtre à tube.
- Un 2eme convertisseur en mode symétrique.
- 2,4,8 ou 16 convertisseurs en mode "interpolation directe".
- Une sortie sortie numérique SPDIF.
Mais c’est avant tout la musicalité qui importe…
Jean-Yves R.
Les photos proviennent de deux B225 différents:
A)
1ere génération de 1984, N°5xxx avec mécanique CDM0, modifié en N.O.S.
B) 2eme génération de fin 1985, N°29xxx avec CDM1, non modifié, (hors
éclairage à
led).