The Vintage Corner


Marantz 140 Amplificateur 

Cadeau : le Service Manual

Fin de la présentation succincte et partisane, pour expliquer avec moult détours que l'ampli qui nous intéresse, le Marantz 140, se trouve être en vérité la section ampli d'un 2270, débarrassée de tout le reste (tout ce qui gène) et doté de deux énormes vu-mètre. Tout cela rentrée au chausse-pied dans un boîtier de 38 centimètres. Personnellement je le trouve irrésistible !
 
Le mien fut trouvé sur les PA du site www.illel.fr et échangé sur une sortie d'autoroute près de Montpellier, contre une poignée de billets de 50 roros, dans une drôle d’ambiance, à la sauvette, pendant la fin d’un après midi froid, venteux et humide. Le vendeur était vraiment sympa, les deux appareils achetés (le 140 et un petit tuner 104) étaient propres : vite-vite, rentrons dare-dare pour essayer tout ça !  
D'abord vérifié et nettoyé chez Casimir (qui se mordra immédiatement les doigts de ne pas avoir craqué sur le second 140 disponible), le Marantz 140 est venu ensuite prendre place au milieu d'autres appareils, de gammes et d'époques différentes.
 
En bon état, intérieur et extérieur, la première écoute fut décevante : basses mollassonnes et aigues sales et agressifs. Un peu de déception sur le coup, mais vite rattrapée le lendemain par le conseil de Casimir : changer le sens de la prise : le bestiau y est très sensible.
 
L'appareil possède deux potards d'entrée, c'est à dire un niveau d'entrée variable. Avantage : selon les goûts et les associations, il est possible de ses passer de préampli. Après des semaines d’écoute, je dois avouer que j’aime bien l’écouter sans préampli, à la sortie du convertisseur Audio Synthesis, car c’est là qu’il est le plus sauvage, que la bande passante est la plus étendue, et que le niveau de détail est maximal.
 
Cependant, durant trois mois, le Marantz 140 a été intégré à différentes configurations, avec ou sans préampli. Au fil des écoutes et essais, je me retrouve aujourd’hui avec le Marantz 1060 en préampli : extrêmement doux, cet appareil n’a que des qualités, et avec le 140 forme un duo qui s’accorde à merveille pour proposition sonore extrêmement musicale.  
 
Pour le reste, durant les derniers trois mois, le système était composé d'une base mécanique Teac P10, du fameux convertisseur Audio Synthesis Dax Discrete, et d'une paire de Wilson Audio restaurées fin 2006 (il faudrait les finir, mais il fait si chaud…). Au fil des envies, j’ai aussi branché des tuners, une platoche, afin d’écouter cet appareil dans le plus de configurations possibles.
 
Cet ampli est terriblement attachant. Associé au 1060, cela représente deux beaux objets au charme légèrement suranné, que l’audiophile standard pourra considérer, avant l’écoute, avec un peu de commisération.
 
D’une puissance subjective (et sûrement réelle) supérieure aux 70w annoncés à l’époque, l’ampli cumule de nombreuses qualités. La première, celle qui fait qu’il est resté branché depuis qu’il est arrivé, c’est sa musicalité : une notion difficile à objectiver, mais ceux qui savent ce dont il s’agit comprendrons. L’écoute d’un disque en appelle une autre, et l’on fini par aller se coucher bien tard ! Si je devais résumer les points forts, je parlerais de dynamique, de bande passante étendue du deux côtés du spectre sonore, d’un très haut niveau de détail, et d’une grande douceur dans la retranscription.
 
Bon, je vous laisse, j’ai deux potes qui viennent écouter ce soir, il faut passer l’aspirateur ! J’ai déjà fait écouter le système à d’autres personnes, cela leur avait bien plu, j’espère qu’il en sera de même.
 
Et maintenant, un compte rendu d’écoute par procuration…
 
Deux Eric devaient venir, mais un des deux est malade. Eric number one arrive vers 17 heures, soit une petite heure en retard, et c’est tant mieux, il fait un peu moins chaud. L’électronique est sous tension depuis le petit matin. Nous montons les escaliers menant à la pièce où tout est installé, en discutant d’étages phono. Puisque c’est le sujet, je commence par lui faire écouter un vieux vinyle : Lady, sur l’album de Supertamp Crisis ? What crisis ? « Oh la la, c’est super bon ! ». Eric me regarde avec des yeux écarquillés, regarde la platine vinyle, puis regarde le 1060 et le 140 qu’il ne va pratiquement pas lâcher des yeux pendant trente minutes : « Wha, ils sont trop beaux, ils sont nickels ! » Oui-oui, dedans comme dehors, no souçaille.
 
Je connais bien les goûts musicaux d’Eric, et je sombre immédiatement dans la facilité : Another Brick In The Wall : « pfff, le timbre de la voix… Et les guitares… ». Je sais, ça passe très bien, et en plus on écoute assez fort, sans s’en rendre compte, parce que tout est retranscrit avec facilité et décontraction.  
 
Un vieux Police, on commence avec Synchronicity. Eric hoche la tête. Il est sans voix. On enchaîne avec Walking In your footsteps. Dès les premières secondes, avec les percussions claires et précises, Eric se tourne vers moi, il vient de retrouver l’usage de la parole : « Putain, ça marche ! ». Il va attraper un torticolis le pauvre : d’un côté ses oreilles voudraient s’orienter vers les enceintes, de l’autre ses yeux ne peuvent pas regarder autre chose que les gros vu-mètre du 140. « La ligne de basse… Aucun effort pour l’entendre, tout est évident.».
 
Eric continue à regarder les appareils, se gratte menton.
 
Tu as du Jazz ? Pardi ! Je vais t’achever Eric, tout le monde sait bien qu’il y a des jours où ça marche un peu, des jours où ça marche pas mal, et des jours où c’est formidable… Mon pauvre Eric, tu es tombé un jour où ça marche du feu de Dieu. Voila le Trio Soma avec Tacha, un enregistrement extraordinaire. Eric écoute religieusement, puis à la fin du morceau se lève, va voir les appareils de près, regarde derrière, puis va faire un tour du côté des enceintes… Il rigole comme un enfant avec son premier train électrique ou plutôt sa première console de jeux (un peu de modernité ne peux pas nuire, je suis si old school parfois).  
 
Allez, on continue avec Diana Krall. Avant la fin de la première minute Eric se tourne vers moi : « C’est de la folie ! Je vais rentrer chez moi et je vais pleurer. C’est le bonheur d’écouter du jazz avec ce matos, je suis en train de me faire du mal !».
 
Un peu de musique laponne avec Marie Boine. On écoute un peu fort, mais Eric constate : « les hauts parleurs ne bronchent pas, l’ampli ne force pas, tout est facile ». En effet les vu-mètre de l’ampli peinent à se déplacer sur plus de deux millimètres : la pièce est (faussement) petite, l’ampli est très nerveux, et les enceintes ont du rendement et acceptent dans les 500 watts. Le matériel est en train de tourner au ralenti dans la mezzanine.
 
On enchaîne encore les disques, juste pour le plaisir de la musique, Eric ne se soucie plus du matos, il a dépassé le stade de rechercher à savoir si sur tel ou tel critère, patati, patata. Il profite juste du plaisir d’écouter. De temps en temps il se lève, va regarder et toucher les enceintes, les câbles, tourne les boutons pour entrer en contact tactile avec les appareils. Il revient s’asseoir, il me dit qu’il trouve les électroniques vraiment belles, que le 140 il le connaissait déjà d’excellente réputation, que le 1060 est vraiment super…
 
Cette écoute est cool, à force d’insister pour lui proposer de venir écouter chez moi, il profite enfin de quelques jours de vacances et de temps libre pour céder à mon invitation. Il est venu sans a priori et les oreilles ouvertes et il est content. Moi je suis content de le voir content, nous avons les mêmes goûts musicaux et ce sont les mêmes choses qui résonnent en nous. Ca fait du bien, ça change des écoutes avec des sourds qui vont critiquer pour le principe. Il lâche : « Je préfère ce système à celui de X. Je trouve que c’est plus musical, plus chaleureux, c’est vachement mieux, c’est génial, j’adore ! ». Moui, on compare quand même avec (un système de référence pour moi) du gros gros Goldmund là, et ça n’a aucun rapport en terme de prix.  
 
Personnellement, je ne dis pas que mon système marche mieux, mais je sais que dans la mezzanine où il est installé, on profite à la fois d’une écoute de proximité des enceintes, ce qui favorise la perception des détails, mais aussi de tout le volume de l’appartement dans lequel les ondes sonores peuvent s’échapper. Le positionnement très précis des enceintes le matin même a apporté un gros plus en matière de focalisation, et en penchant les enceintes très légèrement vers l’arrière, le gain en détails à été sensible.  
 
Eric me parle d’Harmonia Mundi, de musique classique, d’enregistrements de qualité… Je dégaine La Folia de la Spagna de Paniaga par légitime défense. Il me regarde en souriant : « Hééé ouaip… ». Oui oui, je sais. Ce n’est plus la peine de faire de phrases… On écoute des disques et on se gave. Amen.
 
 
Voila les deux appareils en train de "tourner" chez moi :
 
http://i173.photobucket.com/albums/w48/renaudmumu/IMG_4907.jpg
 
 
Permettez moi de remercier Casimir sans qui tout cela ne serait pas possible, et aussi F.B pour les scans des catalogues Marantz de l'époque.