Pioneer : Platine PL-L1000
Renaud - Janvier 2009
Présentation
Contrairement
à la Technics SL1200Mk II, véritable icône de la platine en provenance
du soleil levant, la PL-L1000 n'est pas vraiment restée dans les
mémoires. Produite de 1978 à 1981, cette platine à bras tangentiel est
pourtant une belle machine qui sait faire de la musique à condition que
l'on en prenne soin.
Au japon la PL-L1000 portait le doux nom de "PL-L5" en arborant une robe "silver" :

La
PL-L1000 n'a jamais a été distribuée aux USA en tant que Pioneer. Par
contre, Pioneer ayant acquis la société étasunienne Phase Linear en
1978, la platine fut commercialisée sous cette marque et disposait
d'une nouvelle référence "Phase Linear model 8000". La Phase Linear
conservait néanmoins les couleurs japonaises, à savoir l'argent. Pour
l'anecdote Phase Linear fut fondée par Bob Carver en 1970 qui quitta
l'entreprise en 1977, et Pioneer se sépara de Phase Linear en 1982.
Enfin,
quoiqu'il en soit la PL L1000 était au moment de sa sortie le sommet de
la gamme Pioneer en matière de platine disques et certains considèrent
qu'il s'agit du meilleur modèle jamais produit par cette marque, mais
attention à ne pas trop s'emballer : sachez que les avis sont très
partagés à son sujet. La Pioneer était souvent livrée avec une cellule
Pioneer PC-600 MM montée sur un porte cellule PN-600 (PC = Pioneer
Catridge, PN = Pioneer Needle).
Il a existé au moins
quatre versions de ce modèle. La PL L1000 a été ensuite déclinée en PL
L1000A (et avec les deux versions clonées de Phase Linear nous avons
bien quatre modèles) mais l'originale (à préférer) est reconnaissable
facilement : la position du bras est réglée par un gros bouton
circulaire "ARM", visible ci-dessous, alors que la version suivante
propose des contacteurs beaucoup moins gracieux.

En Europe c'est une robe noire qui habillait la platine :

Et comme on peut le constater, la robe noire de la Pioneer entraîne aussi le changement de nom, passant de PL-L5 à PL-L1000 :

La
PL-L1000 est une belle pièce de 12kg aux dimensions généreuses de 49,4
x 15,4 x 45,6cm : méfiance, elle pourrait être qualifiée de lourde et
encombrante ! Le poids provient du châssis entièrement en aluminium...
En réalité le châssis est composé de deux étages : le châssis supérieur
repose sur l'inférieur par l'intermédiaire de quatre suspensions qui
servent aussi de pieds.
Le système du bras est particulier
: il repose sur son propre châssis suspendu. Le déplacement du bras,
contrairement à ce que l'on pourrait attendre, n'est pas effectué par
un système de friction. Au contraire, la lecture du disque déplace très
légèrement le bras sur son pivot, et c'est un système de capteur
optique déterminant l'angle du bras qui va le déplacer à l'aide d'un
moteur linéaire :

Retombée
de toute cette artillerie lourde, il convient de placer la Pioneer sur
une base (très lourde) et surtout parfaitement horizontale pour en
tirer toute la quintessence et surtout ne pas devenir fou en tentant de
la régler :

Spécifications - Fonctionnalités
A
la lecture des spécifications, on ne peut qu'être curieux :
entrainement direct piloté par Quartz, bras tangentiel etc... Attardons
nous sur la documentation de la platine pour y trouver plusieurs
points traduits maladroitement ci-dessous :
Bras tangentiel
Cette
platine est équipée d'un bras tangentiel linéaire qui effectue la
lecture du sillon de manière linéaire, de la même manière que lorsque
la machine à découper grave le signal. Cela signifie que le système
linéaire est supérieur aux bras conventionnels sur plusieurs aspects :
- il n'y a pas d'erreur de suivi de piste ce qui évite la génération de distorsions harmoniques
- dans
le principe, il n'y a aucune génération de force centripète (Joseph
Pujol apprécierait) et c'est ainsi que les distorsions
d'intermodulation et de croisement sont améliorées et que l'image
sonore est stabilisée
- le bras linéaire offre une balance latérale optimale
- il
est possible raccourcir la longueur du bras de telle sorte qu'il
s'adapte à un équipement de faible masse et rigidité : cette
combinaison permet de réduire les résonances.
Moteur Linéaire, Entraînement direct
Un
moteur linéaire est utilisé pour déplacer directement le bras de
lecture, asservi par un système optique sans contact. Cette
configuration permet d'augmenter le rapport signal bruit à une valeur
supérieure à 78db rendant la reproduction sonore à un très haut niveau
de fidélité.
Moteur à entraînement direct à Quartz et pivot spécifique
Le
système SHR reposant sur un abaissement du centre de gravité avec un
moteur à entraînement direct a effet de champ. Ce moteur emploie un
système à quartz PLL avec une résistance spécifique (220g avec un
système de conversion de force d'entraînement) et la précision de
vitesse est effectivement élevée à la valeur de 0.002%. Ces
fonctionnalités, associées au plateau à haute inertie (incluant le
tapis), permettent d'obtenir une valeur de rumble inférieure à 0.013%.
Contrôle électronique entièrement automatique
Le
modèle de mécanisme entièrement automatique est basé sur un principe de
détection optique (et donc sans contact) qui permet d'éviter d'exercer
des contraintes non souhaitées sur le bras. Lorsque l'on presse le
bouton de lecture, le bras de déplace automatique sur le disque et la
lecture commence.
Commande du bras en manuel et commandé
Le
bras peut être déplacé sur le disque de manière manuelle, comme un bras
traditionnel. De plus, en tournant le bouton ARM, il est possible de
commander le déplacement du bras de gauche à droite. De cette manière
il est aisé de positionner le bras sur le morceau voulu.
Fonction d'arrêt électronique
Cette platine incorpore un frein électronique qui permet de stopper le plateau instantanément.
Système de suspension spécifique, non résonnant et isolant des vibrations
Le
plateau et le bras sont montée sur une première base mécanique, et
cette base est suspendue et séparée du châssis avec un système Pioneer
dit "de suspension coaxiale". Cela permet de découpler virtuellement le
système des vibrations transmises par le sol et réduit grandement les
chances de feedback.

Un des avantages de cette platine - d'un point de vue pratique - est de
permettre l'installation des cellules Decca très prisées des
connaisseurs (et de votre serviteur), mais terriblement capricieuses
vis à vis de la platine d'accueil. J'utilise régulièrement deux
cellules Decca sur la PL-L1000 avec grnad bonheur.
Utilisation - ergonomie
La PL-L1000 est un appareil on ne peut plus simple et
entièrement automatique. Le bouton Power permet de mettre la platine
sous tension. Suivent deux autres boutons permettant de sélectionner la
vitesse et la taille du disque. De petites diodes rouges indiquent la
sélection.
Pour écouter un disque il suffit de poser le disque sur le
plateau et de presser le bouton Start / Stop. La lecture va s'effectue
jusqu'au bout de la face du microssillon, puis le bras vas se replacer
en position de repos.
Pour déplacer la pointe lectrice, il suffit de presser le
bouton ARM ELEVATION puis d'utiliser la molette ARM qui déplace le bras
à gauche ou droite. Enfin, en appuyant à nouveau sur ARM ELEVATION la
cellule est posée sur le microssillon.
Le déplacement du bras s'effectue avec assez de finesse dans
les itérations pour accéder à l'endroit précis que l'on désire. Une
diode rouge indique la position du bras, levé ou baissé.
Et voila, c'est parti :
Aujourd'hui
La PL-L1000 est une assez belle machine dans l'absolu, pour peu que
l'on soit sensible au charme désuet des appareils vintage. Il y avait
récement une offre aux USA pour un modèle "Perfect" avec le carton
d'origine et la documentation pour 500$, ce qui fait environ 380€. Ce
qui est le prix (sans le port) d'une Technics SL1200MkII en bon état !
La Technics offre une belle prestation avec toutes les
cellules, mais la Pioneer exploitera au mieux une cellule Decca (une de
mes Decca a été acquise pour seulement 150€ sur la baie, dans un état
impeccable). Côté look, la Technics est une icône et sa ligne
incomparable aura au fil du temps déterminé les canons de la platine
disque. La Pioneer ressemble plus à un objet en provenance de Star
Trek, une sorte de modernité un peu vieillotte, mais elle ne laisse pas
indiffèrent. Question maintenance, je doute fort que les pièces de la
Pioneer se trouvent facilement. Alors oui, globalement la balance
pourrait pencher pour la Technics, mais si vous voulez du vinyle noir
(ou orange) différent, alors la Pioneer vous tend son bras tangentiel !
Documentations & liens
http://www.vinylengine.com/library/pioneer/pl-l1000.shtml
http://mesnotices.fr/manuel-notice-mode-emploi/PIONEER/PL-L1000-_E
http://www.z-audio.ru/readme/pioneer/s2.htm
http://www.warrengregoire.com/hifi-stereo-phonocartridges.htm
http://www.dagogo.com/LondonDeccaRef.html
http://www.thevintageknob.org/PIONEER/PLL1000/PLL1000.html
Compte rendu d'écoute
La Pioneer a été écouté à l'aide de trois ou quatre pré-amplis :
les Marantz 1060 et 3250, mais aussi le fameux Audio research SP11 Mk
II ainsi que mon petit chouchou, l'Audio Research SP14. Les
amplificateurs ont été le Marantz 170DC, des blocs monos récents, ainsi
que le vénérable Audio Research Classic 60. Pour les enceintes, les
Wilson Audio Watt étaient fidèles au poste, comme la photo ci-dessous
le montre :
Ce qui est surprenant avec les platines et les cellules, c'est
de constater de grande différences entre les appareils, des différences
de propositions sonores vraiment importantes, des différences qui sont
moins marquées avec les lecteurs de Compact Disc.
Écouterun mircossillon est une affaire de "connaisseur". Le
rituel de sortie du disque (et même du rangement pour éviter qu'il ne
tombe de la pochette), les photos grand format et le texte des chansons
lisibles, le choix de la face qui a être écoutée, le nettoyage du
disque, la pose du palet presseur, le volume tout d'abord baissé pour
éviter d'entendre la pointe atterrir sur le disque...
Alors, après tout, pourquoi faire un compte rendu d'écoute ?
Les connaisseurs doivent savoir de quoi il s'agit, et les autres s'en
foutent puisqu'en numérique le son est parfait, n'est ce pas ? Naaaan,
un compte rendu d'écoute ce serait pour donner envie. Indiquer tel ou
tel morceau, exprimer ce que l'on ressent. Pour ma part, ce que je
ressens avec cette platine, c'est un sentiment de chance. La chance de
pouvoir écouter des Microsillons. Savez vous que le disque orange posé
sur le plateau - acheté en décembre 2008 - provient de Londres, où se
trouvent de nombreux magasins proposant des dizaines de milliers de
microsillons à la vente ? Que vous pouvez trouver dans de nombreuses
échoppes des pièces assez rare pour quelques euros ? Savez vous qu'un
disque sale peut être nettoyé ?
Revenons à la chance. Ecouter un bon disque sur une bonne
platine, voila une expérience auditive rare. Cela donne le sentiment,
certainement illusoire, d'accéder à la vraie valeur des choses.
Illusoire, peut être, mais que c'est bon !
Addendum
Commentaires de Monsieur The Vintage Knob, merci Axel ! Février 2009
Les Pioneer L1000 et L1000A ont bien été en vente aux USA !
La
version Phase Linear ne s'est pas beaucoup vendue du tout (ni aux US ni
ailleurs) à cause du manque d'intérêt de Pioneer pour cette aventure ;
la même chose est arrivé à l'équivalent PL du CT-A1... distribution
aléatoire de toutes petites productions.
L'originale
japonaise PL-L5 ne s'est pas bien vendue du tout ds son pays d'origine
: les Yamaha PX ('79) et Sony PS-X800 ('81) avaient pris presque tout
le marché.
Les vraies haut de gamme de Pioneer sont les Exclusive P3, P3a et P10 - non-tangentielles